Grogne en Côte d’Ivoire : le Président dit “La solution ” a-t-il des solutions durables ?

Alassane OuattaraS.E.M. Allasane Ouattara, président de la république de Côte d'Ivoire

Depuis le début de l’année 2017, la Côte d’Ivoire voit souffler sur son sol un vent de contestation sans précédent. La grogne semble vouloir faire partie du quotidien des ivoiriens. Que ce soit les fonctionnaires comme les hommes en tenue, chacun revendique pour un mieux-être. La grogne qui a secoué tout le pays semble ne pas s’être dissipée totalement.

L’on se rappelle encore que le président Alassane Ouattara, lors des campagnes présidentielles en 2010, avait dit avoir solutions aux différents problèmes qui minent la Côte d’Ivoire. Cela lui a valu le surnom de “ADO La solution” ou encore “La solution ”. Ainsi, il dit avoir solution à tous les problèmes auxquels la Côte d’Ivoire fait constamment face, mais les ivoiriens sont loin d’être satisfait.

  • La situation historique de la grogne des mutins

La crise militaro-politique qui a secoué la Côte d’Ivoire a opposé comme nous le savons Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. Les FAFN (Forces armées des Forces Nouvelles) ont prêté main-forte à Alassane Ouattara pour son ascension au pouvoir d’État. Pour que ces ex-rebelles acceptent de se donner à fond et faire capituler Laurent Gbagbo, l’on sait aujourd’hui que des promesses ont été faites pour galvaniser les troupes. Une affaire de millions que percevront les ex-rebelles après la chute du régime Gbagbo. L’on parle aussi de prime ECOMOG, prime, en laquelle le gouvernement dit ne pas se reconnaître.

Laurent Gbagbo chassé du pouvoir, le régime d’Alassane Ouattara qui s’installe, a sans doute oublié ou même minimisé l’impact que pourrait avoir le non-paiement de cette prime de guerre.

  • La grogne

Depuis sa prise de fonction, le président Ouattara a permis l’instauration du programme DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion) des ex-combattants. Certains ex-combattants ont été maintenus dans l’armée et d’autres, dans d’autres corps : police, gendarmerie, douane, etc. Aussi l’on a permis à des ex-combattants, à l’aide de prêt financier qui leur a été octroyé, de mener une activité comme l’élevage de volaille, des plantations et bien d’autres choses en vue de se prendre en charge.

Ces différentes solutions proposées par le gouvernement ont été semble-t-il comme un nuage qui était destiné à cacher le soleil. Ces solutions n’ont pas suffi. Les militaires n’avaient pas oublié la promesse faite lors de la crise politico-militaire. Ils ont fini par réclamer ce qui selon eux devait les revenir. Dans le mois de janvier, le régime de Ouattara a été confronté à une grogne de militaires mécontents qui le poussent à se plier à leurs exigences en donnant à chacun d’entre eux, la somme de 12 millions. Il faut souligner qu’ils sont au nombre de 8400. L’accord qui a été trouvé entre le président et les mutins était qu’ils acceptent de recevoir 5 millions et le versement des 7 millions restant sera échelonné. Il faut préciser aussi que durant cette même période l’ensemble des syndicats des fonctionnaires a déclenché une grève pour une série de revendications.

Les 5 millions perçus par chaque ex-combattant eurent le don d’irriter ceux qui hier étaient leur frère d’armes et qui sont soit démobilisés, soit dans la gendarmerie, la police ou la douane. Ces derniers ont organisé des manifestations que le gouvernement a très vite fait d’étouffer.

À côté de ceux-là, il y a les fonctionnaires, à qui l’on disait que l’État n’était pas en mesure de payer les arriérés, qui durcissent le ton.

Alors que l’on s’attend a un autre versement cette fin du mois de mai au 8400, voici que se produit un coup de théâtre : le porte-parole des 8400 s’adressant au président Ouattara lui fait savoir qu’ils renoncent aux revendications d’ordre financier. La réaction des autres militaires faisant partie des 8400 ne se fait pas attendre. Dans beaucoup de villes du pays comme Abidjan, Bouaké considéré comme l’épicentre de la revendication, Daloa, etc., les militaires en colère tirent en l’air, posent des barrages sur les principales artères.

Le bilan est très lourd, 4 morts et 9 blessés. Devant l’urgence, le président cède aux revendications des mutins. Chacun aura 5 millions sur les 7 restants ce mois-ci. Ce qui a permis de faire baisser le mercure. La question qui reste aussi posée même si certains ne se la posent pas, mais qui est aussi pertinente est celle-ci : quelle sera la force désormais de l’État dans la résolution de telle tension ?

  • Le pouvoir de Ouattara ne s’est-il pas fragilisé ?

Là est la grande question. Même si l’on ne la pose pas ouvertement, cette question mérite d’être posée tout de même. Avec tous ces remous qu’a connus la Côte d’Ivoire, le président qui a cédé un peu trop facilement court les risques de voir son pouvoir se fragiliser. Que ce soit en janvier et même en mai, l’on s’étonne toujours de voir le gouvernement agir avec diligence pour satisfaire les mutins en colère.

C’est à croire que pour faire plier le gouvernement, il faut lui tenir tête et rester sourd aux appels au calme et si possible tuer.

  • Le risque que laisse planer cette résolution du gouvernement

Les fonctionnaires qui ont encore leurs revendications sur la table de négociation, pourraient s’insurger contre ce qui semble être une injustice voire que “La solution” a deux poids deux mesures. Les jours à venir pourraient être, si l’on ne prend garde, difficiles pour le gouvernement. Car, il est difficile pour certains de comprendre que face à des gens qui ont égorgé, éventrer des femmes enceintes, tuer des innocents, “La solution” se montre si souple.

Et aussi, à regarder de près, cette prime n’engage nullement l’État de Côte d’Ivoire. Donc, ce n’est pas avec l’argent du contribuable que l’on devrait payer cette dette de guerre.

L’on ajouterait aussi que le gouvernement devrait se pencher sur les revendications des ex-combattants connus sous le nom de la cellule 39 basé à Korhogo dans le nord de la Côte d’Ivoire.

L’on sait aussi que durant ces heures chaudes à Bouaké, une cache d’armes a été découverte chez un proche de Soro Guillaume, le président de l’Assemblée nationale. La question est : pourquoi ces armes et pour quoi faire ? Tout en soulignant que des armes ont été emportées. La situation sécuritaire de la Côte d’Ivoire risque d’être très inquiétante. Il est à craindre le phénomène des coupeurs de route. Ces voyous opèrent sur des tronçons avec des armes de guerre et dépouillent les voyageurs qui ont le malheur de les croiser sur leur chemin. Difficile de dire où ils ont pu se fournir de telles armes. Cette activité est pour eux, leur gagne-pain.

“La solution” pourra-t-il efficacement trouver solution à tous ces problèmes et rassurer la population ? Cela reste à découvrir.

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