Équation militaire, un difficile problème pour Ouattara

Depuis le début de cette année, la grande muette a trouvé un moyen de se faire entendre, et assez rapidement : la mutinerie. On se rend compte que l’équation militaire cause de plus en plus de soucis au régime de Ouattara. Que se passe-t-il au juste ? Cette question est sur toutes les lèvres des habitants de la Côte d’Ivoire. Pour ce que l’on sait, il est question d’une prime que réclament les mutins et aussi une amélioration des conditions de vie et de travail.

Un mutin à un check point à Bouaké

Un mutin à un check point à Bouaké (RFI)

Il faut savoir que l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara a nécessité l’usage de la force pour chasser Laurent Gbagbo. La branche armée de la rébellion qui s’était installée dans le nord et qui a causé la partition du pays, les forces armées des forces nouvelles, lui ont prêté main-forte. Aujourd’hui, ils réclament tous une prime. Tout porte à croire que c’est une dette de guerre. Le gouvernement a déjà donné sa parole pour satisfaire 8 400 mutins qui ont manifesté leur colère à Bouaké courant janvier. Cela a suscité la colère et l’indignation chez leurs frères d’armes et chez ceux aussi qui, démobilisés ou exerçant dans un autre corps de métier, ont mené cette guerre qui a abouti à chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Il est clair qu’un individu qui n’a pas au préalable appris le métier des armes ne se hasardera pas à s’engager pour une guerre, même s’il a suivi un cours accéléré de maniement des armes, pour affronter une armée régulière sans qu’une promesse ne lui soit faite pour le galvaniser et l’amener à voir en son acte, un salut pour lui-même et sa famille. Il ne peut s’engager ainsi, sans aucune garantie laissant, s’il est marié, femme et peut-être enfants. Alors, si l’on se réfère à cette logique de promesse pour galvaniser des recrues dans le but de faire une guerre, on peut comprendre cette mutinerie qui dure depuis un moment en Côte d’Ivoire. Une promesse non tenue est une dette, dit-on. Certains ont d’ailleurs déjà reçu cinq millions de FCFA.

Prendre les armes pour obtenir satisfaction ?

Ce que le contribuable ivoirien a du mal à comprendre, c’est pourquoi il doit payer une dette de guerre qui n’engage pas l’État. Cela devrait se régler, comme on pourrait le dire « entre client et prestataire de service ». Ce qu’il faut souligner c’est que tout ceci à contribué à durcir la grève des fonctionnaires au mois de janvier. Ces derniers accusent l’État de faire dans la demi-mesure. D’ailleurs, les fonctionnaires disaient que, justement, c’est parce qu’il n’a pas d’armes comme les militaires, que l’État ne veut pas satisfaire leurs exigences. Car rappelons-le, lors de la mutinerie à Bouaké, les mutins ont obtenu satisfaction de leurs revendications en un temps record. Ce qui a surpris les fonctionnaires à qui l’on se plaisait de dire « il n’y a pas d’argent ». Aucun mutin contrairement aux fonctionnaires n’a été ni menacé, ni intimidé par sa hiérarchie.

Les différentes mutineries observées en Côte d’Ivoire portent à croire que faire crépiter les armes est un moyen sûr et efficace pour se faire entendre et obtenir des millions.

Ainsi, les forces spéciales sont, elles aussi, entrées dans la danse en exigeant « leurs millions ». Le gouvernement se dit entré en négociations avec les mutins. Les hautes hiérarchies militaires manœuvrent pour dissiper cette tension qui est loin d’être la bienvenue. Tout ceci soulève beaucoup de questions sur la capacité du gouvernement à avoir une main mise parfaite sur l’armée. Peut-on dire que l’État maîtrise ses hommes ? Ce gouvernement est-­il en mesure de pouvoir les contrôler ? Difficile de répondre par l’affirmative avec tout ce qui se passe.

Des soldats présidentiels arrivent au Port d'Abidjan

Des soldats présidentiels arrivent au Port d’Abidjan (RFI)

Ces mutineries jettent un réel doute sur la situation sécuritaire du pays, même si le régime de Ouattara rassure les Ivoiriens et leur demande de ne pas s’inquiéter. Aussi, à côté de ceux qui font crépiter leurs armes, se trouvent aussi ceux que l’on connait sous le nom de « cellule 39 ». Depuis le nord du pays, « la cellule 39 » menace, obligeant le gouvernement à entrer en discussion avec elle.

Une crise qui en entraînerait une autre ?

On peut dire qu’Alassane Ouattara n’est pas encore sorti de l’auberge. Tout ce brouhaha de la grande muette n’est pas du tout bon pour l’économie. Les commerces sont obligés de fermer et la population, apeurée, reste cloîtrée chez elle dans ces localités où éclate la mutinerie.

L’on espère que tous ces soubresauts finiront par prendre fin et ne donneront pas suite à une autre crise. Une chose est certaine, en Côte d’Ivoire, la population se pose beaucoup de questions. Si les choses devaient dégénérer, qu’adviendrait-il de cette population qui porte encore en elle les stigmates de la crise post-électorale ? Leur prière : que les militaires arrêtent de sortir de leur caserne pour tirer en l’air dans les rues.

Ouattara et son gouvernement gagneraient à faire taire toutes ces mutineries. Hé oui ! La guerre coûte chère. Cette évidence qui semble n’avoir pas été comprise par le régime, le rattrape aujourd’hui. Mais de grâce, « pas avec notre argent », dit le contribuable. Cela n’est pas juste. Ces milliards qui sont utilisés pour payer ces primes finiront à coup sûr par creuser, si cela n’est encore fait, un grand trou dans le budget de l’État. Surtout que beaucoup de ménages ont du mal à joindre les deux bouts dans un pays où l’on parle de croissance à deux chiffres. Bizarre tout cela ! Enfin, les ivoiriens dans leur ensemble espèrent un dénouement heureux à ces mutineries. Il souhaitent voir cette équation militaire trouver au plus vite une solution.

 

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